Etre contre le mariage homo ? Oui, mais …
24 mai, 2012   //   Par :   //   a chaud, societe / culture   //   2 commentaires   //   3136 Vues

La blogosphère catho s’inquiète depuis quelques jours, à juste titre, des projets de mariage homosexuel du gouvernement Hollande. Diverses s’opinions s’affrontent et, même si l’on est contre, les arguments ne sont pas toujours ajustés, c’est-à-dire « justes » au sens où la charité et la vérité qui doivent l’emporter sur des idées toutes faites. Je me permets donc d’apporter une petite pierre à l’édifice … Cela n’étonnera personne et mon intention demeure claire : je suis contre le mariage homosexuel et l’adoption, qui le suivrait inexorablement.  

Certains arguments tentent de mettre de côté la notion de nature au profit de la notion de culture, de loi et de droit, sous prétexte que la notion de « loi naturelle » serait au mieux inaudible par nos concitoyens, au pire dépassée. Mais cela crée une faille importante : si l’homme n’est qu’un être de culture et de raison, n’est-ce pas pousser la liberté de l’homme à un absolutisme dangereux ? Si le droit naturel n’est que subjectif, la raison toute puissante n’a d’autre référence qu’elle-même dans une culture qui s’auto-justifie. Comment alors limiter le législateur dans son propre désir de toute-puissance, puisque la raison conduit les individus à agir de la sorte ?

Pour Rousseau, déjà à l’époque, « nous (passions) d’un « droit naturel proprement dit » à un « droit naturel raisonné » (Manuscrit de Genève, II, 4) », où cette nature est comprise non plus comme un ordre que la raison connaît, mais comme la liberté et la volonté de l’homme. Dans ce culte de la liberté raisonnable, il n’y a qu’un pas pour comprendre que les racines ne comptent plus : la raison et la culture se considèrent comme complètes en elles-mêmes, indépendamment de ce qui les précède. Mais un arbre vit-il sans racine ?

En séparant de la nature et des racines de l’histoire, la culture et la raison deviennent dogmatiques et perdent leur force morale. Or, la liberté devient caricature d’elle-même si elle perd de vue toute considération morale. En discréditant la nature et sa force morale, la liberté humaine n’en demeure alors que plus absolue ! On pense aujourd’hui que si une chose peut être faite, elle doit être faite. Pour cette liberté sans morale, le pouvoir-faire devient un devoir-faire. Et c’est la dignité même de l’homme qui périt.

Là est le véritable danger d’un tel débat. Il est vrai – et ce peut-être parfois un argument entendu ici ou là – que se trouve dans la nature humaine la force et la volonté de se dépasser. Mais n’y a-t-il pas à un danger à définir la nature humaine comme devant être dépassée ? Avec une telle interprétation, l’opposition à la recherche sur les embryons ou aux mères porteuses peut-elle encore subsister ? Comment expliquer que, si la science peut tout ou presque, elle ne peut pas tout se permettre ? Comment tenir encore que le mariage homme – femme n’est pas uniquement culturel et qu’il n’est pas, comme notre nature, appelé à être lui-même dépassé ?

Nous pouvons aussi, certes, parler de limites et des limites d’un tel mariage. Mais l’argument, en lui-même n’est-il pas limité ? Ne faudrait-il pas alors interdire le mariage des couples stériles pour le seul argument qu’ils sont, de facto, limités ? Ne faut-il aller plus loin dans notre réflexion sur le handicap parce qu’il impose des limites ? La question de la limite est trop relativiste car une limite est toujours subjective : la limite d’une personne pourrait être vue comme avantage par une autre. Au regard de quoi la limite se définira-t-elle ?

Sur quel fondement anthropologique pourrions-nous ainsi débattre ? Il est vrai que des chrétiens ont bien du mal à sortir de cette question de la loi naturelle – qui devient comme par magie argument d’autorité – pour explorer d’autres champs de réflexions. Et nous ne pouvons pas nous réfugier derrière une prétendue culture dont les valeurs ne seraient que chrétiennes tout en devant le rester ! Il y a bien d’autres valeurs qui ont marqué notre conscience nationale. Et c’est quand le christianisme se pose comme exclusif qu’il devient insupportable pour nos contemporains et pour ceux avec qui nous débattons.

On ne peut nier que cette nature s’impose à nous comme un élément de réflexion commun à toutes les civilisations et toutes les cultures. Renvoyer le droit naturel au placard  revient à justifier la toute-puissance de la loi. Et c’est la majorité qui l’emportera inexorablement. Mais la majorité des opinions est-elle toujours la vérité ? Ce combat-là ne mérite-t-il pas un autre discours qu’un simple rapport de force ?

Un autre argument, on le comprend, est simple et vrai : à vouloir respecter et légiférer dès qu’il y a un sentiment amoureux (sentiment subjectif par définition), on risque fort d’accepter tout comportement. Mais cet autre argument comprend un risque : donner le sentiment de juger le sentiment amoureux de deux êtres. Mais les personnes homosexuelles ne méritent-elles pas mieux qu’un jugement qui en soi serait blessant ? L’amour homosexuel est-il à mettre sur le même plan que d’autres sentiments en essayant de lui donner une valeur ? Pour les personnes concernées, ces arguments ne sont pas audibles. On peut être contre le mariage homosexuel sans pour autant juger leur amour à l’aune d’une normalité qui suppose, une fois encore, la référence à une nature.

Je suis contre le mariage homosexuel, non pas en niant ou en rabaissant l’amour de deux êtres, mais pour deux autres raisons : d’une part, il imposera inévitablement un relativisme. En légalisant le mariage homosexuel, nous ferons fi de nos traditions linguistiques, sémantiques, et sociales. Nous décréterons que tout a la même valeur, le même sens. Or, un mot désigne une chose, un concept. Pas deux. Le mariage homosexuel est-il de même nature que le mariage hétérosexuel ? Peut-il avoir les mêmes conséquences sociologiques ? Nous voyons des différences comportementales entre concubins et couples mariés. Cela n’est pas la même chose ! Nous commençons à toucher du doigt les conséquences humaines. Faut-il aller plus loin ? Si oui, proposons d’aller jusqu’au bout du raisonnement (c’est ironique évidemment …) : plutôt que de donner le mariage aux couples homosexuels, supprimons le mariage de notre législation et proposons un contrat unique, à la manière du PACS, qui ne fournira que les avantages fiscaux et parentaux à ceux qui le désirent. Quelle différence cela ferait-il ? Or, la question du mariage n’est-elle pas suffisamment symbolique pour que l’on prenne en compte sa nature, son histoire, et sa culture ?

D’autre part, le mariage homosexuel conduirait inévitablement à l’adoption par les couples homosexuels, et donc à un changement de structure de société. A cause de notre nature, biologique et psychologique, pouvons-nous mettre sur le même plan l’éducation hétéro-parentale ou homoparentale ? Certes, des couples homosexuels élèvent déjà des enfants. Certes, pour certains d’entre eux, cela se passe plutôt bien. Nous ne pouvons le nier. Mais quelques exemples positifs suffisent-ils ? Avons-nous suffisamment de recul sur ces réalités ? La question des droits de l’enfant et de son bien est à réfléchir. Or, au point où nous en sommes, l’enfant est trop souvent vu – par des couples homosexuels comme par des couples hétérosexuels d’ailleurs – comme un bien à posséder. On nous a longtemps expliqué que le divorce n’avait pas de conséquence psychologique sur les enfants. En sommes-nous si sûrs ? Quid de la stabilité familiale nécessaire pour une éducation sereine ?

Beaucoup de chrétiens sont contre le mariage homosexuel. Mais nos arguments doivent faire avancer le débat. Comme le disait le Cardinal Vingt-Trois, dans une homélie récente, « il faut que nous comprenions bien que les mentalités n’évoluent pas simplement parce que l’on crie fort et parce que l’on répète des idées toutes faites, mais parce qu’il y a des hommes et des femmes qui sont profondément convaincus que la vie humaine révèle un mystère que nous ne possédons pas. » 

A nous d’être profondément convaincus que le vie humaine est ce mystère qui se déploie sous nos yeux, toujours intelligible et toujours fragile. Nos discours, nos discussions doivent être au service de ce mystère.

P. Cédric BURGUN

2 commentaires pour “Etre contre le mariage homo ? Oui, mais …”
  • dieusansbarbe
    24 mai 2012 -

    « Toute réforme sociale passe par une conversion des coeurs » rappelait jean-Paul II, et l’homélie du Cardinal Vingt-Trois nous le redit à propos.
    Quel témoignage courageux et charitable sommes nous prêts à donner pour faire la preuve que la défense de la famille biparentale hétérosexuelle stable n’est pas une option confessionnelle, mais une vérité d’ordre naturel que tous, croyants ou non, sont appelés à reconnaître, comme la seule voie de croissance légitime et bénéfique, comme la vocation naturelle de la famille humaine ?
    Il n’y a pas de droit à l’enfant, car on a droit à des biens ou à des services, jamais à des personnes. le droit à la personne, c’est l’esclavage. S’il n’y a pas de droit à l’enfant, il y a en revanche un droit des enfants à être élevés par leurs deux parents biologiques, ou ceux qui les remplacent.

  • chpl
    25 mai 2012 -

    Être au service du mystère de la vie, c’est très bien, mais notre témoignage de vie, notre conviction, ne suffiront pas face à cet absolutisme de la liberté qui abolit toute limite; la revendication d’un « mariage » homosexuel enlève toute limite au mariage et « ouvre » par exemple aussi à la polygamie:
    http://www.turtlebayandbeyond.org/2012/family/monogamous-marriage-carries-the-day/
    L’abolition du mariage n’est pas loin, en faveur de divers types d’unions très variées dont le mariage ne sera au mieux qu’une variante, car nos contemporains sont massivement indifférents aux sujets touchant à la Vie au nom d’une fausse conception de la liberté.
    Régression vers le paganisme contraire à tout le chemin de l’Alliance entre Dieu et les hommes.