Pourquoi je serai encore dans la rue dimanche …
22 mai, 2013   //   Par :   //   a chaud   //   6 commentaires   //   4007 Vues

manif-pour-tous2Il est des combats que l’on croit perdus. Certes ; mais à vue humaine seulement. Il est des gens qui disent que cela ne sert à rien. Mais j’ai entendu le pape François nous interpeler vivement dimanche dernier : sommes-nous des chrétiens de salon, uniquement pour prendre le thé en étant confortablement installés à discuter de théologie ? Non ! Alors du coup, je sortirai de chez moi, dimanche.

Je l’ai souvent rappelé ces derniers temps : je n’ai pas envie de me retourner dans quelques années en me disant : « si j’avais su », « si on m’avait dit », etc. Dimanche, je serai dans la rue, déjà parce qu’il vaut mieux se battre vivant pour une cause qui semble perdue que se battre mort en l’ayant déjà perdue de toute façon. Je serai là pour manifester mon mécontentement à l’encontre de cette loi, du mépris tant et tant affiché ; et je serai là car je suis un citoyen comme un autre auquel on ne peut contester son « droit » de manifester. Je serai là, encore et encore, une énième fois, contre une espèce de droit à l’enfant qu’on nous prépare pour demain, quoi qu’on en dise. Le combat n’est pas terminé puisque tout va se jouer, à partir de maintenant. 

Mais je ne serai pas là uniquement pour tout cela. Je serai aussi là pour dire MERCI à tous ceux qui sont dans la rue depuis des mois pour montrer leur engagement, leur détermination, leurs convictions. Sans eux, nous ne serions pas là aujourd’hui : je me souviens très bien d’une discussion l’été dernier avec des amis engagés à un haut niveau de responsabilité politique : pourrions-nous manifester contre le « mariage pour tous » ? Et tous, nous avions alors manqué d’espérance, croyant la chose improbable.

Je serai donc à leur côté pour dire à tous ceux qui nous traitent d’homophobes depuis des mois que je me fous que leur « qu’en-dira-t-on » et leurs mensonges à nos égards. Ils peuvent bien dire ce qu’ils veulent : mes amis n’en sont pas dupes sur les dispositions de mon cœur. J’ai ma conscience pour moi, et pour Dieu.

Je serai donc là pour dire merci à toutes ces personnes mises sur le devant de la scène de la « Manif pour tous » : nous n’avons pas toujours été d’accord sur les sujets de fond, sur la manière de procéder, et les querelles d’ego bien naturelles en ce genre de mouvement. Mais au-delà des difficultés, inhérentes et inévitables, je mesure combien ils ont sacrifié de leur personne, de leur réputation, de leur temps, de leur vie de famille parfois. Je mesure (l’ayant quelque peu vécu moi-même) combien ils se sont faits insulter, injurier, moquer sur les réseaux sociaux ; subissant parfois même des menaces de mort, réelles ou fantasques, mais toujours angoissantes, surtout quand on a charge de famille. Je serai dans la rue pour les remercier de leur engagement et de la manière dont ils ont accepté de « payer » de leur personne. Ils sont un témoignage pour le don de nous-mêmes. Ils sont un exemple vivant de la parole de Ben Sirac le Sage reçu mardi dans la liturgie : « Mon fils, si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l’épreuve ; fais-toi un cœur droit, et tiens bon ; ne te tourmente pas à l’heure de l’adversité. Attache-toi au Seigneur, ne l’abandonne pas, afin d’être comblé dans tes derniers jours. Toutes les adversités, accepte-les ; dans les revers de ta vie pauvre, sois patient ; car l’or est vérifié par le feu, et les hommes agréables à Dieu, par le creuset de la pauvreté. » (Si 2, 1-3). Certes, tous ne sont pas forcément croyants. Mais tous ont voulu s’engager pour ce qu’ils croient comme le bien commun d’une société qui l’oublie. En cela aussi, ils ont accepté l’adversité.

Je serai aussi dans la rue pour dire à cette société qui somnole que l’on va dans le mur. Je ne suis pas d’accord avec d’autres manières violentes de le dire et de le proclamer. Mais être dans la rue, là et pacifique, montre notre détermination à tous. Oh, pas uniquement à cause du mariage pour tous (les conséquences de cela ne seront visibles qu’à l’échelle de 20 ou 30 ans …). Mais parce que l’on va dans le mur à cause de cet individualisme primaire auquel se sentent obligés de répondre les politiques les plus opportunistes. Aujourd’hui, les lobbyings « gagnent » sur le mariage pour tous. Demain, ce sera sur la GPA, sur la recherche sur l’embryon, sur l’euthanasie et je ne sais quoi d’autre encore.

Je serai dans la rue pour dire, avec tant d’autres, qu’on ne construit pas une société sur des individus uniquement. Je serai dans la rue pour rappeler qu’une société, qu’un pouvoir politique quel qu’il soit, doit accepter le débat et la contradiction. Je serai là pour redire à tous les responsables politiques qu’un mouvement est en train de naître et qu’il ne les laissera pas faire n’importe quoi. Je serai là pour redire, avec toute cette foule, qu’on construit une société sur un projet commun, sur un bien commun, sur une vivre ensemble, qui dépasse le seul bien individuel tant mis en avant aujourd’hui par les lobbyings et ceux qui leur ressemble.

4448273-la-manif-pour-tous-organisee-a-620x345-1Je serai dans la rue pour montrer mon opposition au diktat de la pensée unique parce que je ne veux pas, je ne veux plus, rentrer dans le moule. Je serai dans la rue, paisible et pacifique : la violence n’a jamais été mon fort, déjà parce que je suis taillé comme un cure-dent ! Je ne m’agiterai pas devant les CRS pour les narguer comme je l’ai vu faire ces derniers jours … Je suivrai le mouvement, avec banderoles et slogans, mais surtout la paix au cœur.

Je serai là tout simplement.   

On me dira que cela ne sert à plus rien. On me dira que je m’engage trop. On me dira que ce n’est pas la place d’un prêtre. On me dira … La croix ne servait à rien non plus … apparemment. Mais aujourd’hui encore, des hommes et des femmes sont touchés par cette gratuité-là, par cette apparente stérilité !

« Mieux vaut une église qui sorte et qui a des accidents qu’une Église qui pourrit de l’intérieur », nous disait il y a quelques jours le pape François. Le thé dimanche après-midi passera mal pour moi. En conscience, je ne veux pas me taire et rester immobile. En conscience, je ne pourrai pas regarder mes frères et mes sœurs s’engager inlassablement alors que moi, je resterai flegmatique.

Dimanche après-midi, je marcherai donc comme tant et tant d’autres désireux de crier leur ras-le-bol ! Dimanche après-midi, je saurai que l’espérance est la force des « faibles au yeux du monde ». Mais cette force-là, rien ne peut l’arrêter. Les politiques le savent et l’ont très bien compris : cette foule immense ne se taira plus. Et dimanche après-midi, je serai de ceux-là.

P. Cédric Burgun

 

6 commentaires pour “Pourquoi je serai encore dans la rue dimanche …”
  • Elodie
    22 mai 2013 -

    Mon père,

    Je respecte la vigueur avec laquelle vous portez vos convictions, mais je voudrais rebondir sur vos mots. Vous ne cessez de dire au fil de votre article que vous voulez manifester pacifiquement et sans violence, certes, je vous croit et je suis persuadée que jamais vous ne vous abaisserez à de la violence physique;

    Mais je me pose une question, que faites vous de la violence de vos mots? Je suis en cours à coté du sénat et j’ai entendu par la fenêtre ces manifestations pacifique scandant que non, les homosexuels ne peuvent pas éduquer correctement un enfant et prendre soins de lui donc qu’il faut préserver les enfants et ne pas donner de « droit à l’enfant ».
    Chaque jours, ces manifestation pacifique me poignardaient le coeur, j’ai eut envie de pleurer maintes fois et je l’ai fait parfois. Ces manifestations sont d’une violence inouïe pour moi, et certains ne s’en rendent pas compte.

    J’ai conscience que tous le monde n’est pas d’accord avec cette loi, j’entend vos arguments, mais je ne les comprend pas. Les être humains ne sont ils pas tous constitués de deux bras, deux jambes, un coeur et une âme? Pour moi, au delà du droit à l’enfant que vous réfuter (et que je conteste aussi, un enfant doit être désiré et aimé de toutes les forces de ses parents!! Mes les couples de même sexe peuvent apporter cet amour, j’en suis convaincue).

    Je ne tente pas de vous convaincre, nos opinion sont opposée, mais je veux juste vous dire que je pensais qu’avec la loi les manifestation cesseraient. Je me prend parfois à espérer qu’elle n’eut jamais été proposée car j’entend mon entourage dire des horreurs sur les homosexuels et les modèles de familles. Et le pire dans tout ça, c’est que je ne sais même pas si je suis homosexuelle, mais je me sent comme étrangère dans ma propre famille et parmi mes plus vieux amis.

    Je ne vous demande qu’une chose, ayez une pensée pour tous les enfants, jeunes et adultes qui comme moi souffriront de vous voir dans la rue Dimanche.

    • Cédric
      24 mai 2013 -

      Elodie, la difficulté est qu’un débat comme celui-là est nécessairement clivant et ce que vous appelez « violence de mes mots », quelle est-elle ? Le fait que je ne suis pas d’accord ? Où est la violence de mes propos ? Dès que l’on dit qu’on est pas d’accord, on nous accuse de violence. Qu’il y ait eu des violences, verbales ou même physiques, lors de certaines manif, je ne le conteste pas et je le condamne même. Mais il ne faut pas tout mélanger. Quand dans les manifs « pro mariage pour tous », il y a eu ces violences verbales, avait-on le même discours ?
      Il est toujours facile de nous dire que nous sommes violents avec en ligne de mire : « ne dites rien » … le sujet est brûlant. Le sujet est clivant. Oui. Nous en avons bien conscience, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut se taire.
      Je regrette que certains membres de votre famille ou de vos amis aient des propos désolants à l’égard des personnes homosexuelles. Est-ce mon cas ? Si oui, et qu’on me le montre, je suis prêt à discuter. Mais pas quand on me dit d’emblée que je suis « violent » sous prétexte que je ne suis pas d’accord.
      J’ai d’ailleurs parlé de cette division de notre pays, qui me désole, dans un autre billet : http://www.cedric.burgun.eu/?p=815
      Bien cordialement.

  • Yves de Lespinay
    22 mai 2013 -

    Je serai à Paris le 26 mai car mes actuels sept petits enfants et d’autres bientôt devenus plus grands ne comprendront pas pourquoi ce jour là grand père était resté dans son fauteuil

  • Maximilien de Maisonneuve
    22 mai 2013 -

    Comme Yves de Lespinay j’y retourne pour mes 15 petits enfants avec qui j’ai manifesté le 24 mars, plus les 16 et 17° qui arrivent cette année.
    Et cela marque les enfants.
    Un des petits, Hilaire 4 ans jouant avec ses cousins à Pâques. Quel nom a t-il pris pour jouer avec ses frères et sœurs, cousins et cousines?
    François Taloi…
    . »comment t’appelles-tu? » lui demandai-je.
    « Papili comme à la Manif, François ta loi on n’en veut pas! »

  • numero712
    22 mai 2013 -

    Une nouvelle fois, mon père, votre billet est « vivifiant » !
    Avec notre pape et vous je veux croire en une Eglise qui sorte de son salon, quitte à avoir des accidents…
    J’aurai juste une remarque, une légère inflexion sur votre phrase : « Je serai là pour redire à tous les responsables politiques qu’un mouvement est en train de naître et qu’il ne les laissera pas faire n’importe quoi. » Je ne suis pas certain qu’un mouvement sois en train de naître. Il est une conscience de ce qu’est la personne humaine qui a été révélée par le Christ il y a 2000 ans. Cette conscience a grandie dans un monde païen pour petit à petit « convertir » les hommes à cette image, à cette conscience d’eux-même. Ce n’est que récemment, qu’à partir de la fin du XVIIIe qu’en occident, le message évangélique a pris peur de s’aventurer sur la place publique. Sous la pression d’un laïcisme « agressif », sous la pression d’un positivisme « hostile », sous l’agression d’une philosophie « du soupçon » généralisée, le message évangélique sur Dieu, sur l’homme et sur la création s’est fait plus discret. Il y en a même qui prétendent que la conscience religieuse relèvent de l’intime. Malgré les intuitions très fines (et révolutionnaires) de Léon XIII, malgré les prises de position courageuses de Pie XII (et quand il fut Secrétaire d’Etat également), malgré également le renouveau de Vatican II (en particulier les mises en perspectives de Gadium et Spes), il a finalement fallu attendre Jean-Paul II et son « n’ayez pas peur » pour que petit à petit, les chrétiens se rendent compte qu’ils peuvent « sortir » d’eux-même, que leur fois n’est pas à cacher au fond de leur cœur… Alors non, ce mouvent n’est pas en train de naître, mais il renaît, il a une seconde jeunesse ! Après mille ans de christianisme « installé » dans les consciences d’occident, il s’était peut être trop « installé confortablement » et n’a pas eu alors le courage de sortir aux premières objections de l’humanisme des lumières, du positivisme et du matérialisme du XIXe, des idéologies « diverses » qui ont fait du XXe un siècle chaotique… après deux siècles qui ont dépoussiérés notre catholicisme, j’ai envie de croire qu’il est près à sortir à nouveau proclamer la bonne nouvelle au monde entier.