Interview
samedi 30 mai 2009 par Père Cédric BURGUN
Interview publié par le diocèse de Metz (Juin 2007)
Que ressentez-vous à la veille de votre ordination sacerdotale ?
Un grand vertige ! J’appliquerai facilement la phrase du Curé d’Ars concernant l’Eucharistie à cette ordination : « Ne dites pas que vous n’en êtes pas digne : vous n’en êtes pas digne ! » Mais dans sa miséricorde, le Seigneur a décidé de choisir un pauvre type comme moi. En y repensant, j’ai le vertige : le Seigneur passera par moi ! Quand je dirai « Ceci est mon corps », ou encore « Je te pardonne tous tes péchés », le Seigneur sera là, agissant en moi, passant par moi.
« Le prêtre est quelque chose de grand, disait encore le St Curé, et s’il se comprenait lui-même, il en mourrait. » Je touche un peu du doigt cette grandeur, qui est la grandeur du Mystère de Dieu. Dieu se livre dans la personne du prêtre et c’est ce cadeau-là qu’il va me faire, et qu’il va faire à son Eglise. Ce n’est pas Cédric qu’il offre à Son Eglise, mais c’est un prêtre, configuré à Son Fils, à Son Cœur. Et c’est pour cela que je prends conscience de la grandeur de l’appel, mais aussi de cette responsabilité.
Je médite souvent, en préparation à cette ordination, une partie du rituel : « Reçois l’offrande du peuple saint pour la présenter à Dieu. Aies conscience de ce que tu feras, imites dans ta vie ce que tu accompliras par ces rites, et conformes-toi au mystère de la Croix du Seigneur. » Par cela, c’est une plus vive conscience de l’appel de Dieu dans ma vie que je reçois. Etre prêtre ne sert à rien s’il n’y a pas cette conformation au mystère de la Croix de Jésus, s’il n’y a pas ce désir de vivre uni à Lui complètement. C’est ainsi que j’ai pris l’engagement au célibat l’an passé au diaconat.
Comment s’est passée votre année en tant que diacre stagiaire en paroisse ?
De manière spéciale ! Ma première mission, reçue de Mgr Raffin, est d’être étudiant en Droit Canonique à l’Institut Catholique de Paris (ICP). C’est donc une mission un peu particulière qui m’attendait en septembre dernier. Mais ce fut ma joie pendant cette année (et ce le sera encore un peu puisque ce n’est pas fini !).
Je voudrai souligner que des études, et tout particulièrement en Droit canonique, sont aussi un service d’Eglise et une mission réelle. J’ai accepté cette mission avec joie car le Droit Canonique, je le crois, déploie de manière particulière le service et la mission de l’Eglise : être au service de la Vérité qu’est le Christ. Etre étudiant en Droit canonique, c’est justement grandir toujours plus dans cette mission de Vérité.
Aimer l’Eglise et vouloir la servir, c’est accepter de se conformer à la Vérité : s’y conformer soi-même, mais aussi aider les autres à s’y conformer. Le Droit canonique, me semble-t-il, n’a pas d’autre but que celui-là. Ces études m’ont aussi fait plonger dans le mystère de l’Eglise : s’il est bien une chose qui n’a pas cessé de grandir en moi depuis le début de mes études, et qui s’accroît chaque jour un peu plus, c’est l’amour de l’Eglise.
Concernant l’ICP, il y a deux choses qui me touchent particulièrement : la première est cette attention des professeurs à incarner notre formation. Nous étudions en France, à Paris : notre contexte n’est pas celui d’un autre pays. Etre au service de l’Eglise passe par le service d’une Eglise particulière : l’Eglise qui est en France. Nous apprenons ainsi à mieux connaître et aimer cette situation. La deuxième chose qui me touche, c’est l’ambiance entre les étudiants : à la fois simple et joyeuse, nous apprenons à nous connaître et à nous enrichir mutuellement de nos expériences, de notre vie et de nos études passées. Là aussi, c’est une vraie démarche ecclésiale !
Bien évidemment, j’ai aussi vécu pendant cette année mon ministère diaconal, dans la paroisse parisienne où je suis en insertion (St Nicolas des Champs : pas mal pour un Lorrain !), mais aussi à Clouange, où je rentrai fréquemment. J’ai été notamment beaucoup investi dans la préparation au mariage et la formation des couples : toute la pédagogie jésuite dans laquelle j’avais été formé à Bruxelles (pendant mon Séminaire) au sujet de la théologie du mariage, de l’anthropologie et la morale chrétiennes, des méthodes naturelles de régulation des naissances, etc. a pu être mise en œuvre cette année. La formation est essentielle dans ces domaines et je rends grâce pour la formation reçue des Jésuites.
Comment entrevoyez-vous votre ministère ? Quelle différence pensez-vous qu’il existe entre le prêtre d’hier et le prêtre d’aujourd’hui ?
De quel prêtre d’hier parlez-vous ? De celui des 1er siècles, de celui de l’époque du Concile de Trente, de celui de l’époque de la Révolution et encore après, tel le Curé d’Ars, qui s’est formé au pied d’un prêtre de paroisse, et qui passait la plus part des ses journées au confessionnal ou à la rencontre de ses paroissiens ? Ou parlez-vous encore des époques des Grands Ordres missionnaires, tel St Augustin Schœffler qui ne désirait qu’une chose : partir au bout du monde annoncer Jésus ? De quel prêtre parlons-nous ? Y a-t-il un prêtre d’hier et un prêtre d’aujourd’hui ?
Je suis né en 1979, c’est-à-dire presque 15 ans après la clôture du Concile Vatican II. Pour moi, il ne s’agit pas d’imiter un modèle de prêtre d’hier ou d’aujourd’hui. Je suis un « fils » de cette Eglise, bien dans mes baskets, me semble-t-il ! La figure du sacerdoce est donc celle que je reçois de toute la Tradition de l’Eglise : de Jésus à Benoît XVI !
J’ai pourtant acquis une conviction : on oppose souvent tel ou tel modèle de prêtre. C’est bien dommage. Nous voudrions souvent voir le sacerdoce tel qu’il est vécu aujourd’hui comme un modèle unique. A-t-il été basé sur un modèle unique tout au long de l’histoire de l’Eglise ? Mais il y a bien quelques caractéristiques communes qui traversent toutes figures sacerdotales : il suffit pour les trouver de reprendre une à une les questions posées aux prêtres par l’évêque lors de la Messe Chrismale, pour la rénovation des promesses sacerdotales : elles expriment parfaitement la figure du prêtre, et celle-ci n’a pas changé depuis le Christ ! « Voulez-vous vivre toujours plus uni au Seigneur Jésus et chercher à lui ressembler, en renonçant à vous-mêmes, en étant fidèles aux engagements (…), par amour du Christ et pour le service de son Eglise (…) ? » ; « Voulez-vous être les fidèles intendants des mystères de Dieu par l’Eucharistie et les autres célébrations liturgiques, et annoncer fidèlement la Parole de Dieu, à la suite du Christ, notre chef et notre pasteur, avec désintéressement et charité ? »
Etre uni à Jésus, et notamment dans la prière, fidèle à Son Eglise, célébrer les sacrements et évangéliser : cela traverse toute l’histoire : la figure du prêtre se définit d’abord par là, et c’est à cette vocation-là que je répondrai le 24 juin. Je n’entrevoie rien du ministère car je ne sais pas où l’Esprit Saint voudra m’emmener. Durant ma formation, il n’a cessé de me surprendre. Quelle mission demain ? J’essaie déjà de remplir ma mission d’aujourd’hui.
Quel message passerez-vous aux chrétiens de votre communauté de paroisses ?
Ce n’est pas un message simplement pour la communauté de paroisses où je suis envoyé, mais plus général : en trois points, facile à retenir.
Usez de vos prêtres ! Usez-en par ce pourquoi ils sont fait ! Ne demandez pas à vos prêtres autre chose. Demandez-leur la messe et l’adoration eucharistique, demandez-leur de prier pour vous dans leur bréviaire (c’est une des premières charges du prêtre : prier pour son peuple), demandez-leur de vous confesser, de vous témoigner de leur vie fraternelle. Demandez-leur de vous parlez de leur relation au Christ ! Et donnez-leur ainsi de répondre à leur vocation : exigez d’eux qu’ils soient des saints !
Aimez vos prêtres ! Je le dis d’autant plus facilement que je ne le suis pas encore. Pourra-t-il y avoir des vocations dans une Eglise où l’on n’aime pas ses prêtres et où on les critique ? Un jeune me partageait un jour qu’il avait peur de rentrer au Séminaire vu comment les prêtres étaient critiqués : trop ceci, pas assez cela. Ne vous couchez pas le soir sans rendre grâce pour le prêtre qui vous aura donné Jésus en ce jour, et particulièrement dans l’Eucharistie. Il a donné sa vie pour servir l’Eglise et donc pour vous, à l’image du Christ !
Priez pour vos prêtres ! Les prêtres ont besoin qu’on prie pour eux. Peut-être plus que d’autres, sans doute, ils sont confrontés à bien des combats et des peurs. Nous sommes tous responsables de nos prêtres (un prêtre lui-même aura toujours besoin d’un autre prêtre, par exemple pour se confesser !), y compris de leur sainteté ! Le don de leur vie dépend aussi de la manière nous les porterons dans la prière et dans l’amour.
Cédric B., publié dans Eglise de Metz
(numéro de Juin 2007)
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Ordination sacerdotale (2007)
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