« Quand sont ruinées les fondations, que peut faire le juste ? » (Ps 10,3)
15 mars, 2019   //   Par :   //   a chaud, eglise, droit canonique   //   Aucun commentaire   //   192 Vues

« Quand sont ruinées les fondations, que peut faire le juste ? », demande le Psalmiste (Ps 10, 3). Petite piste spirituelle, et non pas une solution, pour chacun d’entre nous, dans cette crise que traverse l’Église.

Tribune publiée pour le journal Famille Chrétienne (en ligne ici).

La crise ecclésiale actuelle est d’une rare violence. Nous sommes désabusés, peut-être même en colère ; le prêtre que je suis n’y échappe pas ! Des révélations de ces derniers mois à la condamnation du cardinal Barbarin – qu’il ne me revient pas de commenter –, tout un chacun peut éprouver en sa chair et en sa vie de foi des sentiments partagés et douloureux.

Un verset du Psaume 10 habite ma prière quotidienne depuis lors : « Quand sont ruinées les fondations, que peut faire le juste ? » (verset 3). À la contemplation des ruines s’ajoute cette question provocante : que peut faire le juste ? Mais quel juste ? Non pas nous ! Qui pourrait prétendre l’être en pareil temps comme en d’autres d’ailleurs ? Mais le Christ ! Seigneur, que peux-Tu faire encore ? Si nous cherchons, légitimement, les causes de cette crise, n’oublions pas cette question sans réponse ; autrement dit, acceptons ce moment suspendu dans le temps où tout et tous font silence… éprouvant l’impuissance, dans l’attente de la réponse de Dieu. Le pape l’a très justement rappelé aux prêtres de Rome ces jours-ci, « le scandale causé par le comportement honteux » de certains prêtres peut « laisser dans l’impuissance ». À trop vouloir chercher par nous-mêmes les inévitables causes et les nécessaires solutions, nous pourrions oublier que la lumière nous viendra d’abord du seul Juste, car seule cette attente peut préparer nos cœurs à l’action et aux conversions nécessaires.

« Le Seigneur purifie son épouse »

Mais méditer sur ces ruines ne veut pas dire être naïf ou tomber dans une spiritualisation déplacée. Si l’Église semble aujourd’hui « persécutée » par le monde, ce n’est pas pour sa foi mais bien pour « son » péché, comme l’a encore exprimé le pape : « Le Seigneur est en train de purifier son épouse […] surprise en flagrant délit d’adultère. » J’ai entendu ces derniers temps que l’Église serait sur la croix comme son Seigneur… Mais l’est-elle vraiment comme Lui ? Lui l’a été de par son innocence, l’amour de ce monde et la volonté de le sauver ; nous, nous traversons cette crise de par le péché qui marque son Corps, et non seulement par le péché de quelques-uns. En de telles périodes, nous ne pouvons pas jouer la victimisation ou pire, une « messianisation » de notre condition.

Il ne sert à rien de le reprocher au monde comme pour détourner le regard de ce que nous vivons. En regardant avec tristesse nos propres ruines, nous ferons alors acte de contrition communautaire : un « nous », et non seulement un « tu ».

L’Évangile nous rappelle d’ailleurs l’humilité des disciples à l’annonce de la trahison de Judas, et non pas leurs accusations réciproques : « Serait-ce moi, Seigneur ? » (Mt 26, 22). Personne ne peut se croire à l’abri ou éloigné de toute trahison : ce serait de la suffisance ou de la présomption. Elle nous concerne tous, car elle nous meurtrit tous : en notre foi et en notre, propre capacité – de manière bien diverse certes – de trahir le Christ.

Que peut (encore) faire le juste ? Cela me taraude, car je sais que le plus dur est encore à venir… Comment tenir dans l’espérance ? Spirituellement, j’accepte d’en rester aujourd’hui à cette question sans réponse, comme en un Avent mystérieux qui vient colorer notre Carême. Mais le Psaume 10 de poursuivre : le Seigneur « garde les yeux ouverts sur le monde ». Ce n’est qu’en gardant les yeux ouverts sur ce monde que nous trouverons, pour lui aussi, la force de nous relever : oui, si le monde semble si violent, c’est peut-être parce qu’il est en attente, lui aussi, d’une réponse plus pure et plus aimante de chacun d’entre nous.

P. Cédric Burgun

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