Et maintenant ?
17 janvier, 2013   //   Par :   //   a chaud, societe / culture   //   4 commentaires   //   2252 Vues

Si les médias ne savent pas sur quel pied danser, il suffit de regarder les images, les vidéos, et de prendre quelques témoignages : la « manif pour tous » du 13 janvier a été un véritable succès et à plus d’un titre :

  • Tout d’abord, la mobilisation elle-même. Nous étions, quoi qu’en disentcertains, plus d’un million dans la rue à manifester contre le projet de « mariage pour tous ». On parle même d’1,2 million sur les réseaux sociaux depuis dimanche soir à partir de chiffre officieux (lire aussi cet article intéressant economiematin.fr : « On connait les vrais chiffres »). Cela en fait – et je ne veux même pas le mettre au conditionnel – la plus grosse manifestation depuis 30 ans, en gros. Certes, les chiffres sont toujours à relativiser. Mais, comme le soulignent les évêques de France dans leur communiqué, « l’ampleur exceptionnelle de la manifestation du dimanche 13 janvier montre, s’il en était besoin, que cette alerte était fondée. »  Cela pose cette question : pourquoi cette foule d’anonymes, de tout bord, de différentes confessions religieuses, qui n’a pas pour habitude de descendre dans la rue (disons-le avec force !) s’est autant mobilisée ? Parce que ce projet de loi veut être passé en force, sans débat et sans démocratie : cela choque et cela heurte : il y a « clivage » comme le dit très justement ce même communiqué. Or, le 13 novembre dernier, le Président HOLLANDE déclarait qu’il ne voulait pas d’une loi qui divise. Le succès la « manif pour tous » prouve bien qu’on est avant tout dans la division et non dans le rassemblement.
  • Autre point marquant : ce n’était pas une manif de cathos, comme j’ai pu le lire ici ou là, mais une manif ouverte, rassemblant des gens de tout horizon, de toutes régions. Ce n’est pas un parti qui est descendu dans la rue ; ce n’est pas une religion ; ce n’est pas un syndicat ; ce n’est pas qu’une association ; c’est une importante représentation du peuple français, dans toutes ses composantes : « des gens de toutes les régions de France, jeunes ou plus âgés, en famille, avec leurs enfants ou seuls, de toutes opinions, de toutes religions ou sans religion, ont défilé avec conviction, dans la bonne humeur et sans agressivité à l’égard de quiconque. Dans cette grande diversité, la caractéristique commune était la reconnaissance de la famille, l’intérêt supérieur des enfants et le respect de la filiation. » Symboliquement, l’unité a été de mise et effective. Un gouvernement, quel qu’il soit, peut-il prendre le risque de l’aveuglement et du mépris, dans une société déjà si divisée sur tant d’autres sujets ? Les évêques alertent aussi sur ce point : « Une majorité politique ne peut, sans dommage pour le bon fonctionnement démocratique, ignorer les réactions que suscite chez tant de nos compatriotes le projet d’une telle « réforme de civilisation ». 
  • Ce fut une manif sans heurt et sans violence et ce n’était pas la manif des hétéros contre les homos. Où était l’homophobie tant et tant décriée ? Où étaient les violences que l’on redoutait ? Même certains personnels de la ville de Paris reconnaissaient dimanche soir qu’ils n’avaient pas l’habitude de voir une manifestation si paisible et si « propre » dans tous les sens du terme, d’ailleurs (à part pour la pelouse … mdr) ! On se plaint souvent de l’irrespect des manifestants. Peut-il y avoir pareilles plaintes après la manifestation de ce dimanche 13 ? Là aussi, symboliquement, la force de la « manif pour tous » en est rehaussée, loin des clichés et de certaines violences des opposants à cette manifestation.

Mme Taubira l’a suffisamment rappelé : il s’agit par ce projet d’un véritable changement de société. Or, les opposants au projet, descendus dans la rue, disaient non à ce changement et réclamaient un véritable débat et une véritable concertation populaire. Quoi qu’on en dise, le projet de loi n’est pas uniquement là pour conférer quelques droits et quelques libertés à une minorité. Les réclame-t-elle d’ailleurs vraiment ? Ce projet est là pour modifier profondément les piliers de notre société. Doit-on légaliser ou reconnaître légalement un autre modèle parental ? Doit-on ériger en modèle des situations qui certes existent de fait ? Doit-on aller plus loin ?

Tout ceci m’inquiète et sur un point précis. Le temps qui passe favorise la violence des mots (et encore, pour le moment, ce ne sont que des mots …) : il suffit de voir les réseaux sociaux pour s’en convaincre. Les insultes fusent de tout côté : certains profèrent des insultes à l’encontre des personnes homosexuelles, ce qui clairement condamnable, et tout autant en sens inverse.

Cette violence ne s’apaisera que par le haut. Quand un peuple se déchire, il faut que son chef soit courageux et siffle la fin de la récré en promettant l’apaisement ; mais pas n’importe lequel. Et quel sera-t-il, cet apaisement, si ce n’est d’établir un véritable débat, posé et dépassionné : une telle manifestation ne peut qu’ouvrir à cela et encourager la tenue d’authentiques états généraux de la famille. « La mission du politique est d’offrir le cadre d’une authentique réflexion sociale sur ces questions majeures que sont la transmission de la vie et la nature des liens humains. » (Communiqué des Évêques de France).

Qu’est-ce qui me fait dire qu’il y a « violence » ?

Tout d’abord, et malheureusement, on ne s’écoute plus entre pro-mariage-pour-tous et opposants. Sortis des clichés habituels des homos complètement pro et des anti soi-disant bourgeois-catho-tradis-intégristes, que disons-nous ? Nous ne nous écoutons plus suffisamment les uns les autres ; c’est même à se demander si nous nous sommes un jour vraiment écoutés.

Ce projet de loi va donc profondément cliver entre ceux qui restent attachés à une conception sociale du mariage et ceux qui veulent le faire entrer dans une conception individualiste. Comme je l’écrivais récemment dans l’ouvrage publié il y a quelques jours « Tous unis pour le mariage » :

« Et voilà la différence profonde entre le mariage chrétien et le mariage civil. L’un se conçoit comme se recevant de la société qui le protège et le garde, comme le lieu d’une révélation de ce que Dieu dit à l’homme sur son être et son essence ; l’autre se conçoit uniquement comme acte individualiste et personnel (dont le mariage pour tous est un élément encore plus flagrant !) : je m’étonne même qu’on en veuille encore ! Le mariage civil (dont on dit qu’il est d’amour) se réduit paradoxalement à un contrat : à deux (ou plus, pourquoi pas ? à près tout !), nous décidons de nous unir pour un temps. Après ce temps, nous verrons bien : « je t’aime ; moi non plus, et tu n’auras rien à me dire ». Nos conceptions du mariage diffèrent donc de plus en plus : le « mariage pour tous » sera un acte de plus dans cette « individualisation » du mariage, coupé de la société et de son histoire. Il ne sera en rien une évolution dans l’histoire matrimoniale, mais un repli de l’enjeu sociétal des époux. »

Ce débat du mariage homosexuel n’est pas qu’une conception de libertés individuelles. Il ne s’agit pas uniquement de donner des droits à des individus qui en seraient privés. Il s’agit d’ériger un autre modèle familial. Il s’agit de faire du mariage un acte individuel, purement et simplement. Qui veut se marier devrait pouvoir se marier. Avons-nous imaginé, réfléchi les conséquences d’une telle définition du mariage ? Demain, quelles seront les autres revendications sociétales ? Que leur dirons-nous ? À travers ce projet de loi, nous dirons que l’État lui-même n’a plus rien à dire sur la définition de la famille et que cela revient à une définition privée, dont l’État n’a plus à être le garant, mais le protecteur uniquement.

Il faut continuer d’informer les citoyens sur toutes les conséquences du projet de loi : conséquences logiques avec la PMA (Procréation Médicalement Assistée), la GPA (Gestation Pour Autrui) et la baisse inévitable du nombre d’enfants adoptables. Concernant la GPA et la PMA, elles seront bel et bien ajoutées, au plus tard, dans une autre loi concernant la famille au mois de mars. Le raisonnement est assez simple : ce projet de loi, fondé sur la stricte égalité entre « couples », devrait bien le permettre pour rendre « égaux » un couple d’hommes ou à un couple de femmes, quant à la procréation.

UnknownQuant à l’adoption, on ne le dit pas suffisamment : combien de pays fermeront leur porte à l’adoption française suite à la possibilité d’adopter par des couples homosexuels ? On nous parle souvent des pays qui ont légalisé le mariage homo, mais combien d’autres fermeront leur porte aux accords internationaux d’adoption avec la France ? Cette question est loin d’être simple et résolue.

Puisque nos évêques nous ont invités à poursuivre la réflexion sur ces enjeux fondamentaux, soutenons la demande de référendum : « Laissez-nous voter ! ». Conformément aux dispositions de l’article 11 de la Constitution du 4 octobre 1958, « le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation. »

Le projet de loi visant à « ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe » n’est-il pas une réforme de grande ampleur relative à la politique économique et sociale de notre nation ?

Ces questions sont fondamentales ; et en faisant l’objet non seulement d’un débat public et démocratique, auquel chaque citoyen est en droit de participer, mais aussi d’un référendum permettant de s’assurer de l’opinion de l’ensemble des Français, nous pourrons assurer à l’ensemble de la société de prendre conscience de tous les enjeux. N’est-ce pas ainsi que nous éviterons la division et la violence inhérente à des réformes trop brutales ?

Le site internet http://www.referendum-officiel.fr permet de recueillir les signatures quant à cette demande referundum.

On continue d’avancer. On continue d’espérer. Rien n’est jamais perdu et souvenons-nous : « L’important dans la vie, ce n’est point le triomphe, mais le combat. L’essentiel n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu. » (Pierre de Coubertin).

P. Cédric Burgun

4 commentaires pour “Et maintenant ?”
  • Père Jean-Baptiste Nadler
    17 janvier 2013 -

    Je ne suis vraiment pas sûr qu’un référendum sur la question soit une bonne idée. D’une part le bien des enfants ne se joue pas sur un vote.
    D’autre part, les sondages laisseraient entrevoir un « oui » au projet de loi Taubira, loi qui deviendrait quasi sacrée si elle était approuvée en référendum.
    Alors non, vraiment, je ne crois pas que le référendum soit une bonne idée.

    • Fikmonskov
      18 janvier 2013 -

      Totalement d’accord. C’est pour moi la plus grosse erreur politique commise depuis un bon moment dans notre pays.

  • Fikmonskov
    18 janvier 2013 -

    Sur la question du référendum, je me permets de partager ce texte, qui expose mes craintes quant à ce qui pourrait arriver s’il avait lieu.

    http://fikmonskov.wordpress.com/2013/01/16/referendum-une-fausse-bonne-idee/

  • C’est le sens de notre démarche à l’Observatoire du mariage pour tous.
    Nous essayons de porter le débat sur le champ des idées. Eviter la radicalisation et les haines corollaires. Pousser chacun à comprendre le point de vue de l’autre, ce qui est le baba : c’est pour cela, que pour chaque argumentaire de part et d’autre, nous avons souhaité associer le contre-argumentaire pour forcer chacun, à regarder, ne serait-ce qu’un fois, la vision « adverse ».