La Toussaint : « Qu’est-ce qui se passe après ? »
31 octobre, 2014   //   Par :   //   eglise, droit canonique   //   3 commentaires   //   3290 Vues

Cette question habite chaque homme et chaque de femme. Cette question traverse les âges, les temps, les civilisations, les sociétés. Elle habite tous nos contemporains et elle habitera ainsi le cœur de tous ceux qui nous suivront sur notre terre. Cette question, la foi chrétienne peut y apporter quelques réponses. Toute la Bible, l’Ancien comme le Nouveau Testament, parle de deux jugements distincts de Dieu. Il y a le jugement dernier, lorsque Dieu reviendra dans sa gloire (appelée la Parousie) et le jugement particulier pour chaque homme à sa mort.

On ne peut pas croire, avec tout ce que nous dit Jésus, à un salut automatique des hommes. Certes, Jésus a déjà réalisé le salut de tous les hommes, mais il reste à chaque homme à accueillir ce salut ! Et à l’accueillir non seulement dans l’amour et dans la miséricorde de Dieu, mais aussi dans la vérité. Qu’est ce qu’a été ma vie face aux commandements de Dieu ?

L’amour ne s’accueille que dans la liberté. On le comprend aisément en voyant la vie de couple. Un homme peut-il obliger sa femme à l’aimer ? Non. Un ami peut-il obliger un autre ami à l’aimer, à l’apprécier ? Un frère peut-il obliger son propre frère à l’aimer ? Non. Nous en faisons, malheureusement, tous l’expérience au sein de nos différents réseaux sociaux et familiaux. Avec Dieu c’est la même chose ! Chacun d’entre nous aura à faire le choix – ou non – de Dieu. Sur cette terre, ce choix se fait au quotidien. Chaque jour nous avons à redire oui au Seigneur comme chaque jour un couple doit se rechoisir. Chaque jour, nous accumulons donc des petits oui et des petits non au Seigneur.

Nous habituer à dire « oui » !

Toutes ces réponses disposent notre cœur à cette grande réponse finale que nous ferons à notre mort. Mais attention, cette réponse finale sera encore une réponse dans la liberté de la foi et de l’amour. A notre mort, Dieu ne nous apparaît pas comme par magie en nous disant : « voilà ce que je suis ! Dis oui ou non ! ». Non. Cette réponse devra être aussi une réponse de foi et d’amour signifiant au plus intime de nous même cette liberté fondatrice de notre humanité et de l’amour.

Cette réponse sera une réponse de foi. Au moment de notre mort (et j’insiste sur le moment : pas avant pas après) nous faisons ce saut, ce pas, de l’abandon (ou non) dans la vérité de Dieu : est-ce que j’accepte de mettre tout ce qui a été ma vie à la Lumière de Dieu ? Si oui, il m’ouvre les bras. Sinon, un autre lieu s’ouvre pour moi : ce lieu du non-amour possible puisque mon libre arbitre aura refusé l’amour. On l’appelle l’enfer. Il est existe réellement, car sans lui, cela signifie que l’homme ne serait pas libre dans l’amour, vis a vis de l’amour, celui de Dieu.

Si l’homme, à sa mort, accepte d’être humblement sous le regard de Dieu, alors Dieu, de par ce qu’il est, lui pose une autre question : ta vie a-t-elle été en accord avec ma volonté ? Objectivement, peut-on dire oui à une telle question ? Non.

Il se trouve alors ce lieu où l’on se purifie de tous nos manques d’amour, de tout ce qui dans notre vie a besoin d’être purifié. Nous n’arrivons pas saints à notre mort. Et que tous ceux qui disent « oh je n’ai rien fait de mal durant ma vie » se posent, en leur âme et conscience, de sérieuses questions sur leur orgueil face à Dieu.  L’existence de cette antichambre du ciel, le purgatoire, est attestée déjà dans l’Ancien Testament. Non, ce n’est pas une invention des théologiens comme disent certains.

Le 2ème livre des Maccabées témoigne que des juifs offraient déjà des offrandes au Temple pour le salut de l’âme des fidèles défunts. Pourquoi? Parce que déjà à cette époque, ils avaient conscience que le défunt ne mourrait pur de tout péché et qu’il lui fallait donc réparer ses fautes, racheter ses péchés. Il le fait au purgatoire.

Mais pourquoi cette démarche d’offrandes de la part de vivant ?

Le peuple juif avait déjà conscience de ce qu’est un peuple, un corps. Nous sommes nous aussi un corps vivant, l’Église. Ce que nous faisons a des conséquences sur le corps entier. Si je pèche, c’est toute l’Église qui en est blessée. Si je me sanctifie, c’est toute l’Église qui est sanctifiée quelque peu.

Nous sommes unis les uns aux autres et nos prières ont une efficacité réelle. Nous pouvons donc soulager les âmes du purgatoire par nos prières. Et en faisant pénitence, en offrant, en priant, nous les sanctifions elles aussi, comme on participe à la sanctification de l’Église. On peut offrir un jeûne, un chapelet, un temps de prière.

Mais on peut aussi offrir une messe. Jésus offre son sacrifice pour ces âmes-là qui ont encore besoin d’être purifiées et « sauvées ». Nous offrons ce que Jésus offre à son Père, c’est-à-dire lui-même !

Ne pas oublier de prier nos défunts est un devoir et non seulement à la Toussaint !

Certains ont peut-être fait le mauvais choix. D’autres ont sans doute accepté de mettre leur vie à la Lumière de Dieu, mais auront besoin d’un long temps de purification. Il est certain que des âmes sont encore au purgatoire, car personne ne prie pour elles et n’offre pour elles.

Nous sommes responsables du salut de nos frères. Ici bas et au-delà. Et nous serons sans doute bienheureux que des chrétiens prient pour nous-mêmes quand nous y serons, espérons-le ! C’est aussi cela la fête de la Toussaint et la commémoraison des fidèles défunts : nous célébrons la communion des saints que Dieu, dans sa bienveillance, a permise. Rendons-lui grâces et prenons-en encore un peu plus conscience.

Et les saints alors ? Passent-ils par le purgatoire ? Eh bien oui et non. Il faut distinguer les saints … des saints : il y a la foule innombrable de tous ceux qui sont arrivés au Ciel, auprès de Dieu. Il y a tous ceux qui ont terminé leur purification et ceux qui n’en ont pas eu besoin. Mais tous ceux-là sont saints et sont auprès de Dieu.

Certains effectivement n’ont pas eu besoin de passer par le purgatoire. Cela ne veut pas dire qu’ils étaient sans péché. Il faut sortir de cette idée que la sainteté = perfection morale. Non, ils se confessaient comme vous et moi, et encore plus à la fin de leur vie, justement. Mais alors ? Eh bien en fait, par leur union au Christ, par leur vie donnée, par leurs souffrances souvent aussi, ils ont déjà fait pénitence. Dans sa miséricorde, Dieu sait bien qu’ils ont déjà purifié leur cœur, malgré leurs fautes, leurs péchés, leurs faiblesses. Ce peut-être le cas des martyrs qui, par l’effusion de leur sang et le don de leur vie, ont largement participé à cette pénitence et signifié qu’ils ont accueilli Dieu dans leur vie.

Nous pouvons tous vivre ainsi aussi ! Nous sommes tous des saints en puissance. Par l’offrande de nous-mêmes, par nos pénitences et notre prière, nous pouvons aussi nous purifier dès ici-bas, pour éviter la case « purgatoire ». Mais encore faut-il le vouloir ! Voulons-nous être des saints ? Vraiment, et réellement ?

Les saints canonisés sont ceux qui ont été reconnus comme tels par l’Église. En fait, il n’y a pas grande différence entre les saints inconnus du ciel et ceux que l’Église a canonisés. Pour ces derniers, l’Église assure, par son magistère et son ministère, après une longue enquête et un miracle – qui est une confirmation divine – que ces personnes sont bien au Ciel auprès de Dieu. Elle nous donne ainsi leur vie en exemple. Non pas seulement leur bon côté, mais aussi comment ils ont pu, par leur vie, faire pénitence et se purifier. Comment ils ont gagné le bon combat.

Suivons leur exemple et marchons vers le Ciel : Dieu nous y attend ! 

Père Cédric Burgun

3 commentaires pour “La Toussaint : « Qu’est-ce qui se passe après ? »”
  • Françoise
    2 novembre 2014 -

    Merci Cédric !
    Ce langage est plein de sincérité …. et de sagesse.
    Oui, la sainteté nous concerne tous ….. si nous le souhaiton, si nous acceptons d’y contribuer !
    Merci aussi pour le rappel de la nécessité de prier pour les âmes du purgatoire, j’avoue que je prie chaque jour. Pour les défunts de la famille mais que je ne pense pas souvent à prier pour toutes les âmes du purgatoire.
    Bonne route à vous sur le chemin de la sainteté sur lequel Il nous appelle tous….
    Françoise

  • MARIE
    2 novembre 2014 -

    bonjour Mon Père,
    tout d’abord merci pour ce blog ou vous vous livrez et vous donnez à voir en qui vous croyez.
    J’ai un problème avec la sainteté, je n’y crois pas, dans le sens ou je ne crois pas intimement que ce soit ce qui nous est demandé ou m’être demandée je ne sais pas. Je trouve que c’est un ultime orgueil, et que seul Dieu jugera ou estimera ce qui est saint ou ce qui a été saint en nous et dans notre vie. Là je sèche complètement

    • Père Cédric
      3 novembre 2014 -

      Bonjour et merci de votre message. La sainteté n’est ni une perfection « morale »ni un ultime orgueil. Au contraire, c’est l’abandon toujours plus profond à la volonté divine et à sa miséricorde. C’est cela qui nous est demandé. Un saint n’est pas celui qui ne pêche plus ou qui n’a jamais péché mais celui qui se relève sans cesse avec la grâce de Dieu.