Ce monde permet tout …
4 avril, 2013   //   Par :   //   a chaud, societe / culture   //   20 commentaires   //   5148 Vues

Un séminariste de ma paroisse nous rapportait les mots, bien sentis, d’un cardinal américain : « le monde permet tout, mais ne pardonne rien ! Dans l’Église, quant à elle, tout n’est pas permis, mais elle pardonne tout ! ».

cahuzac-ayrault_scalewidth_630Quand je vois la vague de colère, de mensonges, d’outrages qui se déversent ces jours-ci sur Jérôme Cahuzac, je ne peux m’empêcher d’être dubitatif. Quel est ce monde politique, social, public, médiatique, qui prône d’un côté la liberté à outrance : libéralisme économique, social, sexuel, etc., et qui de l’autre condamne avec une violence inouïe à la première faute ?

Je sais bien que ces fautes politiques choquent. Je sais bien qu’il faudrait plus d’honnêteté en politique et dans la vie publique. Je sais aussi que peu d’élus peuvent s’en réclamer. Mais quelle est cette société qui ne recherche que des boucs émissaires ? Quels sont ces médias qui se délectent de faire tomber des hommes, les uns après les autres, sans se soucier de leur santé physique ou mentale ? Depuis hier, c’est comme si la France se « réjouissait » de voir un homme tomber en enfer, tellement profondément que ces amis commencent à avoir peur pour sa vie.

Le monde se bat contre l’Église depuis tant d’années. Mais l’Église, elle, sait distinguer entre les actes de péché et le pécheur. Les actes sont condamnés ; jamais la personne. Le monde, lui, s’en fout : si un acte est mauvais, c’est toute la personne qui paye et qui doit tomber.

Qui sommes-nous ? Dans quelle société sommes-nous arrivés pour déverser tant de haine ? Le scandale de cet homme, c’est en fait le scandale d’une société tout entière où plus personne ne cherche réellement à être honnête, à payer ses taxes, à payer ses impôts, à servir le bien commun et à partager avec l’autre (la société n’ignore-t-elle pas aujourd’hui ce que veut dire ce mot ?). Le scandale de cet homme, c’est le reflet d’une société où chacun veut sauver sa peau plutôt que celle de son voisin.

« Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour tout le peuple », a prophétisé le grand prêtre à l’adresse du Christ. Loin de moi l’idée de faire Cahuzac un prophète, évidemment. Mais ne sommes-nous pas dans la situation où l’accusation nous arrange bien parce qu’elle nous détourne – quelques  instants seulement – de notre propre péché ? « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », disait le Christ. Il faudrait bien que notre société fasse un retour sur elle-même ; qu’elle s’arrête quelque peu et qu’elle se demande : ce péché, que je dénonce à cor et à cri, est-ce le sien ou est-ce le signe d’une société qui a perdu le sens du bien ? Qui a perdu le sens de la vérité ? Qui a perdu le sens du vrai ?

Ces mots vous paraitront peut-être trop légers … mais moi, c’est la force médiatique qui se déverse depuis deux jours qui me paraît légère. Peut-on vivre encore en liberté, en fraternité, en égalité, si à la moindre chute, j’assassine mon frère plutôt que de le sauver ? Jérôme Cahuzac est coupable. Il l’a reconnu lui-même. Soit. Imaginez que cela soit votre frère qui ait agi de la sorte : que feriez-vous ? Notre devise républicaine n’est-elle que parole creuse et vaine ?

De quel côté est la miséricorde ? De quels côtés sommes-nous vraiment ? Moi aussi je rêverai que nos politiques soient purs, saints, propres, etc. Mais depuis que le monde est monde, il n’y a eu qu’une « Immaculée Conception » ! Le reste n’est que pécheur. Alors, comment vivre avec cela ? On ne peut pas, d’un côté, prôner chaque jour la liberté de chaque citoyen qui mène à l’individualisme le plus primaire et de l’autre, condamner publiquement, sans miséricorde, et avec tant de violence le moindre pécheur. Il y a, me semble-t-il, à retrouver le sens de ce que veut dire « vivre en société » : là est peut-être la planche de salut d’une société qui s’enferme chaque jour un peu plus dans le déni de la réalité, dans la promotion de la violence, et l’inverse même de ce qu’est la fraternité. Les heures sombres de notre histoire où les condamnations publiques pleuvaient comme à Gravelotte ne sont pas si loin, malheureusement …

Mais le Christianisme a toujours enseigné une chose qu’il serait bon que notre pays redécouvre : s’occuper du plus pauvre et plus fragile (ce que l’on entend régulièrement) signifie aussi et peut-être surtout s’occuper du pécheur ! Parce que là sont notre première fragilité et notre pauvreté. La condamnation n’a jamais servi à rien. Bien au contraire, seule une parole comme celle du Christ « moi non plus je ne te condamne pas ; mais va et ne pèche plus » peut ouvrir le pécheur à un avenir et une espérance.

P. Cédric BURGUN

20 commentaires pour “Ce monde permet tout …”
  • Père Cathelinais op
    4 avril 2013 -

    Cher père,

    deux ou trois remarques si vous me permettez car je pense que votre texte mérite qu’on le lise ne serait=ce pour ne pas piétiner un homme déjà à terre…

    Pas besoin en revanche d’en appeler à ue conception de la miséricorde qui ressemble parfois à s’y méprendre .à un vaste coup d’éponge… Bien sûr ce n’est pas ce que vous dîtes mais à lire votre texte il semble que la justice est comme anti chrétienne…

    La miséricorde chrétienne rend juste ; vous le savez et nous le savons. Merci donc de bien préciser pour nos amis lecteurs ; elle l’appelle la justice même si l’indulgence l’adoucit ; elle ne la supprime pas. Il serait bien aussi de le dire pour ne rendre la miséricorde aussi gentille que dangereuse… voitr un peu ridicule ! Tout injustice surtout quand elle est pardonnée exige une réparation… Le christianisme ne l’a jamais nié et certainement pas l’événement de la croix où justice et miséricorde s’embrassent…

    Cela dit, la pointe de votre texte ne peut qu’être redite ou et reredite : « on ne tue pas un homme à terre ». On lui permet de se relever. En lui permettant d’acquitter sa dette ; c’est la miséricorde que notre justice française a toujours pratiquée et continue de pratiquer !

    Merci de nous le redire :

  • A.Fournier
    4 avril 2013 -

    Tombé par hasard sur votre blog par la magie de facebook, je découvre avec bonheur votre article. Je partage entièrement votre point de vue merci de l’avoir exprimé aussi justement. Cette citation de l’Eveque Américain est à ce titre particulièrement éclairante…je la garde pour mon top 10 de l’année 2013.

    Si il est vrai que le scandale de cet homme (et de DSK et d’Aliot Marie, de Sarkozy, de Chirac, Hervé Gaymard etc….. ) n’en révèle que mieux le scandale d’une société tout entière, on peut malgré tout déplorer le manque d’hauteur de vue de toute une classe politique à un moment où précisément, la société a grand besoin d’être inspirée (cf débat ubuesque sur le cumul des mandats ou l’abaissement des retraites des députés). Est-ce que ce n’est qu’un problème de société ? j’y vois également un problème d’institution je veux parler du système démocratique cf Etienne Chouard sur la cause des causes: http://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8

    @Père Cathelinais
    vous y allez un peu fort dans votre critique, rien dans l’article P. Burgun ne permet de dire que la justice soit à remettre en cause. Il y aurait pourtant des choses à dire, par exemple: pourquoi la justice devrait-elle s’exprimer nécessairement et quasi uniquement en nombre de jours de prison ?. Ce contre quoi cet article met en garde, c’est la tentation de l’acharnement qui révèle un mal être social et je sais que vous ne pouvez qu’être d’accord avec ce diagnostic 😉

  • tedo
    5 avril 2013 -

    merci, père Burgun, de rappeler qu’on n’achève pas un homme à terre… pardonnez ma naïveté, mais tout de même, s’il voulait cacher ce compte en suisse, il suffisait qu’il le vide pour une ou plusieurs organisations caritatives ! et là, même découvert, on lui aurait pardonné très facilement ! mais c’est bien difficile n’est-ce pas, quand on est riche, d’apercevoir le royaume de Dieu !

  • Thomas Galvain
    6 avril 2013 -

    Bonjour mon père,

    Voilà un article qui fait très bien écho au votre.

    Cordialement,
    Thomas

  • Garantez
    6 avril 2013 -

    Mon Père,
    J’ai aussi éprouvé un peu de pitié pour cet homme et ai surtout eu peur qu’il ne se suicide … jusqu’à ce que j’apprenne qu’il envisageait toujours d’être député, au point que Claude Bartelonne (président de l’Assemblée Nationale) ait dû dire sur France Info qu’il s’efforçait de le convaincre que ce n’était pas à faire ! ! !
    Voyez-vous, ce qu’il y a de choquant dans cette affaire pour beaucoup de français modestes (les bourgeois ont d’autres ressources), c’est que ce monsieur râclait les fonds de poche de tous ces français avec beaucoup de conscience … je ne parle pas des journalistes, je parle des français modestes, il y en a beaucoup qui souffrent, mon Père, vous le savez sans doute … et donc, ils sont « choqués », pour moi, ce ne sont pas des pharisiens, ce sont des pauvres qu’on a volé, tout simplement !

  • Dominique
    6 avril 2013 -

    Bien dit, mon Père, il est temps d’arrêter la curée, d’autant plus que parmi ceux qui s’y complaisent pour des raisons de récupération politique, certains, peut-être beaucoup ont fraudé le fisc, mais ils ne se sont pas fait pincer, c’est tout, et ce n’est pas parce qu’ils ne se sont pas fait pincer que leur faute n’existe pas. D’ailleurs, parmi les riches, Jérôme Cahuzac est-il le seul à avoir un compte en Suisse ? Sûrement pas ! La France a été alertée que Jérôme Cahuzac avait pensé au suicide. Est-ce cela que les croyants veulent, eux à qui il est interdit de se suicider ? Pousser un homme à le faire ?

  • Pascal
    7 avril 2013 -

    Oui la devise républicaine n’a pas de sens et vous devriez le savoir mon Père.

    Et elle n’a pas de sens depuis l’origine.
    Liberté Egalité et Fraternité? Liberté d’exercer son culte sous la Terreur? Egalité sous le couperet de la guillotine? Fraternité avec les combattants de la Vendée militaire? Le Bienheureux Noël Pinot en témoigne!

    Vous pouvez parfaitement appeler (à juste titre) à ne pas frapper un Jérôme Cahuzac à terre… mais ne feignez pas d’ignorer que c’est la logique d’une société qui tue ses enfants à naître et assassine ses anciens, d’une société aujourd’hui qui balance des lacrymos sur des enfants.

    N’ignorez pas non plus que cet aveu a pour but un allègement de peine… Vous devriez plutôt prier pour la conversion du franc-maçon qu’est Jérôme Cahuzac.

    Attention à ne pas devenir trop mondain, mon Père.

    • Cédric
      7 avril 2013 -

      Je ne feins pas d’ignorer les faiblesses de notre devise républicaine. Mais il faut bien en cette société nous interpeler dessus sans jeter le bébé avec l’eau du bain ! Le mot fraternité, malgré des faiblesses, serait-il sans signification ? Combien plus quand on se dit chrétien ?
      Faire miséricorde serait-il de la mondanité ? Votre propos est quelque peu surprenant ! Je ne suis pas naïf mais je sais ce que le christ est venu faire en ce monde. Et que les chrétiens sont appelés à le faire partiellement. Et ça n’est pas de la mondanité mais la vérité d’un Dieu qui se révèle au monde : « je ne suis pas venu pour les justes mais pour les pécheurs ».

  • Castillon du Perron benoit
    7 avril 2013 -

    Bonjour mon père:
    Je vous remercie pour votre commentaire; car Cahuzac aussi…c’est nous.
    Bonne semaine! et union de prière.

    Benoit

  • Duquesnoy
    7 avril 2013 -

    Pour qu’il y ait pardon, il faut qu’il y ait regret et engagement de ne pas recommencer; L’aveu n’est pas obligatoirement regret et dans le cas de cet homme la faute ne semble pas lui inspirer de honte puisqu’il envisageait de se retrouver parmi ses pairs , aprés l’affront du mensonge devant l’assemblée nationale. Loin de moi l’idée de l’accabler mais la justice humaine passera (du moins je veux le croire) il serait souhaitable qu’il ne soit plus soumis à la tentation du pouvoir et de l’argent

  • LEJEUNE
    7 avril 2013 -

    Ce commentaire est profondément chrétien.Merci.

  • Dominique
    7 avril 2013 -

    « Impardonnable », voilà le mot lâché par François Hollande, chef d’État d’une république déchristianisée, et rien qu’à ce mot, on le voit ! « Impardonnable », cela veut dire que nul ne peut pardonner. Il aurait pu dire « inexcusable », « grave », mais « impardonnable » à un homme qui a été son ami, qui s’est effondré publiquement et qui demande pardon ! Incroyable, scandaleux, de la part d’un Baptisé de dire « impardonnable » ! Cela se voit que notre chef de l’État ne récite plus depuis bien longtemps le « Notre Père » pour employer un mot qui est hors des sentiers de la Chrétienté. Dans cette affaire, ma foi ! il y a une très bonne nouvelle : la franc-maçonnerie, qui fait bénéficier les plus grands escrocs de ses protections, se sépare, en rougissant comme une vierge effarouchée, du ministre qui s’est fait pincer par « Mediapart » à avoir des comptes en Suisse, gardant tous les autres, bien sûr ! Par son appartenance au GODF, Jérôme Cahuzac, devenu « brebis perdue », ne pouvait plus communier, il le pourra désormais à condition de se repentir. Rien ne pouvait me faire plus plaisir ! Dieu a exaucé mes prières, car voir un catholique interdit de communion par la faute des maçons, cela me brise le cœur.

  • Isabeau
    7 avril 2013 -

    Père, ce n’est pas Cahuzac que le peuple accuse (ça, son parti – qui n’a qu’une hâte, ne plus être associé à lui – et les médias de gauche s’en chargent), mais tout un appareil politique fondé sur le mensonge et l’argent. Cahuzac n’a fait qu’en profiter, tout comme je l’aurais peut-être fait à sa place. C’est si facile et si tentant !
    Ce que nous souhaitons, c’est la fin de ce sytème néolibéral frelaté, inhumain et pourri jusqu’à la moelle, pas la chute d’untel ou d’untelle.

  • faurichon
    7 avril 2013 -

    Vive la miséricorde du Christ mais aussi vive la France !
    Nous ne devons pas confondre la maladie et le malade, le vol et le voleur . Le dégoût,l’horreur du mal ne peuvent nous faire oublier l’être humain,mais la France a besoin de retrouver parmi ses dirigeants des personnes qui incarnent la vérité plutôt que le mensonge…
    Le rôle de l’Eglise est celui de la miséricorde infinie de Dieu ,le rôle de l’état est celui de la justice avec ses limites !
    Avec le Christ prions pour la France

  • leo
    8 avril 2013 -

    La désacralisation de l’homme par la désacralisation de dieu et de la vie. Tout se tient. Vous, prête, imam, rabbin êtes la barrière à l’ignominie. Les gardiens de la bienveillance. Miséricorde. 100 ans après la loi de la séparation de l’Église et de l’État, il est temps de reprendre parole, action au cœur de notre pays. La religion est le pilier fondamental de toute civilisation. A vous de jouer, remettez un peu d’amour, continuer ce que vous avez commencer Père Cédric. Cela en puissance! C’est urgent…

  • Isabelle de Kermoysan
    8 avril 2013 -

    Je vous remercie de cet appel au calme qui me semble nécessaire. Je pense que bcp comme moi s’inquiètent pour cet homme et craignent qu’il n’attente a sa vie. En revanche je relève « Je sais … d’honnêteté en politique et dans la vie publique. Je sais aussi que peu d’élus peuvent s’en réclamer. » : l’engagement politique est une chose très nécessaire et ce genre de phrase décourageante qui jette un soupçon sur des milliers d’élus de bonne volonté me dérange vraiment.

  • marie-louise
    17 avril 2013 -

    je partage votre analyse et suis de plus en plus effarée de l’orientation que prend notre société. Il est vrais que je n’excuse pas l’acte de Mr Cahuzac mais, lui au moins il a su demander pardon en public alors que beaucoup d’entre eux sont dans des affaires similaires voire pires (rappelons-nous l’affaire mitterand, chirac, sarkosy etc etc) et osent s’acharner sur un homme qui leur sert de bouc émissaire.
    Ce que nous voyons, c’est un homme abattu, rejeté de tous et qui arrive à s’humilier en demandant Pardon. Mais on continue à le juger.
    Jésus face à la femme prostituée que tous voulaient dilapider il a dit « que celui qui n’a point pêché, lui jette la 1ère pierre et les 1er à partir étaient les anciens.
    Et Jésus de lui dire : « moi non plus je ne te condamne pas ; mais va et ne pèche plus ». Jésus reconnait et pardonne celui qui se repent et qui prend, sincèrement conscience de sa faute. Nous commettons tous des erreurs aussi, sachons pardonner à celui qui sait reconnaitre ses erreurs, qui sait en tirer une leçon et prendre de bonnes dispositions.
    Aussi, l’étalage des biens des Ministres sur internet n’est que de l’esbroufe car, beaucoup déclarent ne pas avoir de voiture…, alors qu’ils ont des chauffeurs personnels, des logements de fonctions, des frais de déplacements, et des tas d’avantages qui rentrent aussi dans les biens en nature Donc, il faut qu’ils arrêtent de prendre les gens pour des demeurés, des personnes incapables d’analyser et de réfléchir.