L’humilité des pères synodaux : imitons-les !
17 octobre, 2015   //   Par :   //   eglise, droit canonique   //   2 commentaires   //   1985 Vues

Le Synode que nous vivons actuellement est un moment, dense et riche de la vie de l’Église. Sa médiatisation est impressionnante : nous n’en avions pas vraiment l’habitude en Église ! Pourtant, je me demande parfois si le Synode a lieu à Rome ou en dehors … Qui sont les pères synodaux ? Les évêques ou leurs commentateurs ? À travers cette question, nous sentons bien que de vrais enjeux sont débattus, que cela tangue quelque peu. Cela ne me gêne pas outre mesure.

Pourtant, je reste surpris, voire interloqué, face au peu d’humilité dont nous pouvons faire preuve ici ou là. Sur les réseaux sociaux, par exemple, sommes-nous si humbles face à l’autorité de l’Église ? Chacun y va de sa petite citation qui va dans son sens … est-ce cela le synode ?

Pourquoi une telle question ? Parce que les pères synodaux, eux, le sont bien, humbles ! Et nous sommes invités à les imiter … Depuis quelques jours, court sur les médias ce constat de la part des pères synodaux : ces sujets abordés, bien au-delà de la seule question conjugale, sont au cœur de toute la théologie de l’Église. Les pères synodaux reconnaissent que, sur un certain nombre de ces questions, leur expertise doit aller plus loin, que les seuls « commentaires » réducteurs que l’on peut entendre parfois d’un côté ou de l’autre, entre les partisans du changement et les partisans du statu quo. Si les pères synodaux ont cette humilité, pourquoi ne l’aurions-nous pas aussi ?

Après avoir fait un véritable état des lieux de la pastorale familiale, réaliste, concret et vrai, afin d’éviter tout discours idéalisé et moraliste sur le mariage (comme j’ai pu le dire et l’exprimer dans mon livre, La Famille, c’est sacré !) – c’était l’enjeu du dernier synode notamment – il s’agit aujourd’hui de prendre la question de la famille dans sa globalité. Faut-il rappeler que cette question n’est pas d’abord une question de droit à ceci ou à cela dans l’Église. Cette question est une question théologique bien plus profonde et bien plus large que tous les commentaires ne sauraient exprimer : par exemple, préparation au mariage trop légère, catéchèse inexistante sur l’anthropologie chrétienne, politiques familiales internationales, etc.

Voir plus loin …

C’est notamment la question de l’accès à la communion des divorcés remariés qui a fait émerger ce besoin de recourir à plus d’expertise. Pourquoi ? Là encore, nous ne sommes pas d’abord sur une question de droit et devoirs. Plus profondément, nous sommes quelque peu « coincés » par une théologie sacramentelle qui peut sembler binaire. Pour faire court, et même un peu caricatural, il existe comme deux approches théologiques : l’une considère que l’Eucharistie est le pain de la route qui amène à la conversion ; et l’autre qui considèrerait plutôt la communion comme la « récompense » de cette conversion. Il faudrait être en « état de grâce » pour communier. Or, c’est cette question-là qui est apparue : comment traiter cette vaste question théologique ? Les personnes divorcées remariées nous interpellent, nous qui pouvons communier. Et sans doute avons-nous à retrouver une certaine exigence pour nous approcher de l’Eucharistie : à nous confesser et vivre davantage une certaine cohérence de foi et de vie. A voir la file de communion et la file de confessions, nous ne pouvons que constater la différence qui devrait être, de fait, une cohérence !

Certes, les personnes divorcées remariées avancent aussi le fait que les prêtres ou les religieux peuvent, eux, se remarier. C’est vrai qu’il n’y pas d’incompatibilité théologique entre le mariage et le sacrement de l’ordre reçu. Mais il existe aussi une véritable analogie sacramentelle des vœux religieux, même s’ils ne sont pas des sacrements. Certes, certains peuvent penser qu’un prêtre est parfois plus aisément relevé de son engagement qu’un mariage reconnu invalide : cette question a aussi été soulevée au synode ! Je comprends le « scandale » que peuvent susciter ces « dispenses ». Pourquoi autoriser plus facilement à « divorcer » de Dieu, se disent-ils ? Les pères synodaux ont donc souhaité que soit mieux traiter cette question, mieux accompagner et expliquer cette pratique. Au fond, ne faut-il pas la remettre en cause et revenir à une certaine radicalité de l’engagement et de sa permanence, notamment des vœux religieux ? Là aussi, c’est une plus vaste question qu’il n’y paraît.

Imiter l’humilité synodale

Ce que je veux dire par là, c’est que certains commentaires et certains avis des uns ou des autres, parfois, n’ont pas eu ou n’ont pas encore l’humilité des pères synodaux. Une théologie de la spiritualité conjugale à encore à creuser ; la théologie sacramentaire est à reprendre aussi. Le péché originel n’est pas qu’un péché individuel : c’est d’abord la communion d’amour de l’homme et de la femme, qui est la première image de Dieu laissée en notre nature, qui a été blessée. C’est d’ailleurs le premier geste que le Christ pose, dans l’évangile, au mariage de Cana. Il est venu restaurer cette conjugalité, signe de l’amour de Dieu, signe de Dieu même ! De la même façon, recevoir les sacrements ne sont jamais un pur acte individuel : il irrigue la vie sociale, la vie de l’Église ; il est « signifiant » pour elle. Le sacrement de mariage est aussi à comprendre comme un sacrement de « guérison » et de rayonnement de cet amour guéri par la grâce de Dieu. Le sacrement de mariage n’est pas magique ; il faut aussi accompagner notre nature blessée. C’est toute la mission accomplie par le Christ ; c’est toute la mission qu’il a confiée à Son Église. C’est évidemment bien plus large que et c’est cela qui fonde l’humilité actuelle des pères synodaux.

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La théologie conjugale de l’Église est prophétique pour notre monde, je le crois ! Ce n’est pas parce que la vérité de la foi ne correspond plus aux attentes de la majorité qu’elle doit évoluer : Jésus lui-même n’a pas d’abord cherché à plaire. Chacun de nous est appelé à une conversion puisque ce n’est pas à la vérité de se plier à la « réalité » des choses et de nos vies ; mais bien à nous de nous conformer à la vérité de Dieu et ce qu’il veut pour l’homme et pour la femme. La miséricorde, en cela, signifie que l’homme peut cheminer vers cette vérité, parfois en prenant beaucoup de temps, certes … mais en cheminant vers elle quand même ! Par sa théologie conjugale, l’Église nous montre que notre foi ne peut se vivre de manière désincarnée et combien tout notre corps est engagé dans notre réponse à Dieu.

Père Cédric +

2 commentaires pour “L’humilité des pères synodaux : imitons-les !”
  • Anne Plus
    17 octobre 2015 -

    Merci Père !vous nous confortez profondément dans tout ce que nous avons vécu depuis bientot 47 ans de vie mariés en 1969 avec un handicap pour moi je ne marche plus et pour mon mari c’ est bien de tâches à faire en plus! Nous avons eu 6enfants qui sont tous mariés avec des enfants 27 petits enfants en tout et le plus grand est à sa 3 eme année de séminaire . Je garde confiance à notre Sainte Église et je comprend bien ce grand mystère de Miséricorde !priez bien pour que je puisse bien m’ offrir avec tout l’ amour de mon cœur!

  • peut importe
    17 octobre 2015 -

    Deuxième merci pour à Père Cédric Burgun.& Merci du beau témoignage de Anne.
    Je fais totalement à Pape François que l’Esprit Saint à placé à la tête de la Sainte Église.

    Si nus sommes catholique normalement nul besoin d’obéissance car les choses vont de soit…guidées par « l’Amour s=du Christ.
    Je crois & j’y croîs