Entrer dans la Semaine Sainte avec saint Joseph
19 mars, 2016   //   Par :   //   eglise, droit canonique   //   1 commentaire   //   1778 Vues

Pratiquement, en cette veille des Rameaux, nous entrons dans la semaine sainte avec Saint Joseph ! Or St Joseph mérite bien qu’on s’arrête un moment pour mieux faire sa connaissance et voir son invitation à suivre le Christ. S’il est un exemple de sainteté pour tous les baptisés, ce n’est pas une sainteté que l’on se fabrique à la force des poignets, des mérites ; mais une sainteté venue d’un Autre, que l’on accueille. Cet Autre, c’est Dieu, celui qui a dit : « soyez saints comme moi je suis Saint ».

Joseph est un modèle d’humilité

Il est la figure la plus discrète des Évangiles. Si nous n’avons aucune parole de Joseph, aucun traité de spiritualité qu’il aurait écrit, nous avons bien plus : toute une vie à contempler et la manière dont il a su accueillir Dieu dans sa vie. C’est déjà une grande leçon à retenir de lui : les beaux discours sur la foi, l’espérance et la charité peuvent être vains. En vivons-nous ? Ce sont les petits, les pauvres de cœur, les humbles devant le Seigneur, qui peuvent entendre clairement Sa parole. Joseph était un homme juste. Les pauvres de cœur peuvent entendre clairement Sa parole tout simplement parce qu’ils ne sont pas encombrés d’eux-mêmes ; ils sont ouverts à un avenir qu’ils n’avaient pas prévu et accepté ; un avenir dont ils ne rêvaient même pas. Joseph avait tant de projets pour son foyer, avec sa future épouse, Marie. Ils étaient fiancés et se préparaient au mariage. Et voilà que Dieu vient tout bouleverser !

Nous entrons nous-mêmes dans la semaine sainte. Et nous pouvons revenir à cette réalité : Dieu vient là aussi tout bouleverser. Il nous est si facile d’imaginer une Église triomphante ; puissante ; resplendissante. Et pourtant : Dieu fait gravir à son corps aussi – l’Église – cette lente montée vers le calvaire, avec ses mêmes accusations ; ces mêmes insultes ; ces mêmes jugements ; ces mêmes procès truqués. Le chemin de l’Église, comme celui de Joseph, est celui du Christ : cela passe par l’abnégation et le renoncement.

Joseph est un modèle d’obéissance et de foi

Nous regardons souvent Joseph et Marie comme ayant eu une vie de foi « facile » : on se dit qu’ils ont cru au projet de Dieu en se réveillant, après un songe ou une apparition. Et après ? Combien de temps a-t-il fallu à Marie et Joseph pour voir les premiers signes d’une grossesse annoncée ? Plus tard, il faudra quitter Nazareth pour Bethléem avec une épouse enceinte, fuir en Égypte pour que l’enfant échappe au massacre des Innocents. Il s’agissait pour eux d’abandonner leur maison, leur famille, d’aller en exil dans une région lointaine et inconnue, privés de tout secours humain.

La semaine sainte aussi est acte de foi : d’abord en se rappelant que la Croix est l’instrument que Dieu a choisi pour notre salut ; ensuite, croire que ces liturgies qui vont s’enchainer sous nos yeux en ces jours si denses nous donnent de vivre cela !

Un songe, et il dit oui ! Nous, bien souvent, nous voudrions que nos homélies et nos discours prouvent par a+ b que la foi est une vérité ! La foi, ce n’est pas d’abord un système de pensée théorique et philosophique bien construit pour des bien-pensants. L’acte de foi, comme l’acte d’adoration, celui de la Croix par exemple, est un mouvement premier du cœur : d’abandon et de confiance. Joseph a dû obéir avec une entière soumission de jugement ; ne comprenant sans doute pas tout ce qui se vivait sous ses yeux. Mais au premier mot de l’ange, il a accepté. Loin d’une idée d’objection, même légitime, Joseph se soumet humblement et respectueusement. Aurons-nous cette même obéissance en ces mystères qui vont se dérouler sous nos yeux ?

Dans notre société où l’on prend un malin plaisir à vouloir tout cerner, comprendre, encadrer, théoriser … dans une société où l’on a tant de mal avec l’autorité, Joseph, et ensuite le Christ, nous apprend en ces jours ce chemin d’humble soumission à Dieu et à l’Église.

Joseph est un modèle de dépossession

En prenant chez lui Marie, Joseph est devenu selon la loi, le père de l’enfant. La première fois où Jésus dira « papa », dans sa vie d’homme, ce sera à Joseph. Il lui a transmis son métier, sa foi. Bref, plein de petits gestes remplis de tendresse qui font que l’enfant n’était pas seulement le Fils de Marie, mais aussi le sien !

Il a dû exercer pleinement son rôle de père adoptif au point que quelques années plus tard, devant les paroles et signes que Jésus fera, certains diront « N’est-il pas le fils du charpentier ? ». Il est ce père nourricier de Jésus, et aux yeux du monde ; il passe pour son véritable père. Et pourtant, ce n’est qu’en se dépossédant intérieurement de cette paternité : « ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? » lui dira Jésus plus tard ! Quel détachement de Joseph par rapport à cette mission même de paternité !

Et nous ? À quoi renoncerons-nous en cette semaine sainte ? L’actualité si brulante ces derniers jours nous rappelle tristement que nous ne serons pas plus grands que le Maître ; que le chemin du Christ est le chemin du chrétien ; comme pour Joseph. Saint Joseph peut et doit avoir une place de choix dans nos vies ! Comme lui, nous aurons tous un jour à faire ce choix de Dieu dans ma vie, et ce choix se fera seul, en tête en tête avec soi-même et sa propre vie, avant même que Dieu se révèle : de la même manière que Dieu a confié Jésus à Joseph, Dieu nous confie le Christ en cette semaine sainte : qu’en ferons-nous ? Là sera le véritable jugement de Dieu sur nos vies : qu’as-tu fait de mon Fils ?

Saint Joseph accueille nos prières, à l’heure de nos doutes, quand le découragement envahit nos vies ; quand les projets de Dieu nous semblent insurmontables, tout comme les mystères de cette semaine sainte vont nous paraître insurmontables. Il connaît mieux que nous, l’insécurité du présent et de l’avenir ; mieux que nous il aura tremblé, avec Marie, en pensant à ce que Jésus allait vivre pour nous. Il aidera à nous remettre en marche aux heures de lassitude, de crainte, de doute, de danger, en cette semaine sainte. Sa marche en Égypte pour sauver l’enfant et sa mère a été son long calvaire : vivons avec lui nos chemins de croix.

Providentiellement, en cette veille de la semaine sainte, la liturgie nous tourne vers Joseph : sa vie nous enseigne à ne pas demeurer prisonniers de nos doutes, de nos inquiétudes, à nous lever dès que le Seigneur nous appelle, pour le suivre en cette douloureuse, mais si rayonnante semaine. Nous avons besoin de ce modèle de Joseph pour accueillir le don que Dieu nous fait. Car nous sommes nous aussi les destinataires de cette promesse : entrer dans la semaine sainte, c’est entrer totalement dans la confiance en l’amour de Dieu, dans « l’obéissance de la foi » dont Joseph nous donne un exemple parfait.

Saint Joseph, toi qui as préparé la crèche où le Sauveur du monde a été déposé en signe du don de sa vie à venir, nous te confions l’ultime préparation de nos cœurs à la joie de Pâques. Apprends-nous l’humilité qui rend Dieu puissant dans nos vies ; apprends-nous l’obéissance qui permet d’accueillir dans sa plénitude de ce don ; obtiens-nous de recevoir le Seigneur tel qu’il se donne à nous comme il s’est donné à toi.

P. Cédric Burgun

1 commentaire pour “Entrer dans la Semaine Sainte avec saint Joseph”
  • oscar 48
    20 mars 2016 -

    Vous avez été bien inspiré de retenir l’obéissance et l’humilité comme des vertus qui rendent agréables, à Dieu par le canal de la Grâce.